arianna-oniroscopeARIANNA CECCONI

Arianna Cecconi s’est formée en anthropologie à l’Université de Milan. Les rêves, l’imaginaire, les pratiques rituelles, la mémoire et les processus de réélaboration de la violence ont été les principaux sujets d’une longue trajectoire de recherche et d’expériences ethnographiques menées par Arianna Cecconi sur différents terrains (région rurale en Italie, contexte rural et urbain dans les Andes Péruviennes, contexte rural en Espagne, contexte urbain en France). Ces sujets ont également été au cœur de son activité d’enseignement à l’Université de Milan depuis 2006, et ont été exposés dans de nombreuses conférences et séminaires tenues dans différentes Universités étrangères. Les enquêtes ethnographiques d’Arianna Cecconi autour de la médecine traditionnelle et des rituels pour soigner la peur, en Toscane (l’Acqua della paura, Mondadori 2003), puis auprès de la population péruvienne émigrée à Paris vont finalement la conduire au Pérou. Arianna Cecconi obtient en 2004 une bourse doctorale en Anthropologie à l’Université de Milan en co-tutelle avec l’ Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) à Paris. Entre 2004-2008 elle mène une recherche dans les Andes Péruviennes, principalement dans deux communautés paysannes bilingues espagnol-quechua (Chihua et Contay) touchées par le conflit armé entre le mouvement Sentier Lumineux et l’armée de l’Etat Péruvien. C’est au cours de plusieurs mois passés dans les montagnes andines que les rêves sont devenus le centre de son investigation. Dans cette société où les rêves sont dits venir « du dehors » Arianna Cecconi s’est intéressée à leur circulation, leur fonction sociale, à l’influence qu’ils exercent dans la vie quotidienne  ainsi qu’au rôle crucial qu’ils jouent dans le processus de réélaboration de la violence. (A. Cecconi “I Sogni vengono da fuori, un’etnografia della notte sulle Ande Peruviane” 2010).

En post-doctorat à l’Université de Milan, Arianna Cecconi a ensuite étendu sa recherche sur les rêves aux sociétés européennes. D’abord en Espagne elle a étudié, à partir des rêves, la mémoire de la guerre civile et  l’impact de l’actuel processus d’exhumations des fosses communes autant sur les gens qui ont vécue la guerre que sur leurs descendants. Dans des villages d’Extremadura où les rêves sont considérés officiellement comme des phénomènes privés ou de peu d’importance, elle a pu observer comment des grands parents morts et exhumés peuvent reparaître la nuit et permettre aux récits oniriques familiaux de circuler à nouveau. Aussi dans ce contexte les rêves ont joué un rôle dans le processus de réélaboration de l’époque de la violence et les évènements historiques deviennent une source de collectivisation des rêves.

Puis en France, lors d’un deuxième post-doctorat à l’Institut d’Etudes Avancés Aix-Marseille en 2013-2014, Arianna Cecconi s’est intéressée à l’impact des phénomènes migratoires sur les rêves des habitants d’un quartier de Marseille. Son investigation actuelle explore comment face à une rupture telle que celle provoquée par le déplacement, le rêve fournit un lieu où culture et identité peuvent se négocier. Certaines femmes, habitant depuis plusieurs années à Marseille, se retrouvent toujours en rêve dans leurs pays d’origine. Parmi leurs enfants, nés en France et qui ne parlent pas la langue de leurs parents, certains rapportent qu’ils la comprennent parfaitement en rêve.

L’actuel travail de recherche sur les rêves dans des sociétés dites individualistes comme les sociétés européennes, devient pour Arianna un point de vue intéressant pour remettre en question la notion même d’individu. Nous appartenons à des familles, à des groupes, nous sommes également reliés à des ancêtres, à un passé et un présent collectifs ainsi qu’à un environnement : le rêve offre donc une porte d’accès à ce réseau d’affects, à ces mémoires imaginaires et aux relations sociales dont l’individu est une partie indissociable. Un des objectifs de cette recherche réside dans l’idée que le rêve soit reconnu comme profondément nécessaire à la compréhension des réalités sociales et comme medium indispensable à la documentation des sociétés contemporaines. Néanmoins dans son travail sur le terrain européen, Arianna Cecconi a trouvé plus difficile d’accéder aux   récits de rêves considérés souvent comme « privés », et associés à la sphère de l’intime. Sous l’angle psychanalytique, les rêves sont révélateurs de notre monde intérieur, de nos désirs refoulés, de nos fantômes, de nos mémoires.  Les rêves ne semblent pas circuler dans la collectivité comme c’était le cas du Pérou.

En 2010 Arianna Cecconi a commencé à collaborer avec l’artiste et amie Tuia Cherici avec l’objectif de provoquer des situations collectives pour parler des rêves et d’expérimenter d’autres formes de collectes et documentation des rêves. La résidence à l’IMERA de Marseille en 2013 a été l’occasion d’une recherche commune au sein de laquelle les femmes ont exploré ensemble les rêves dans le territoire urbain marseillais à partir d’une interaction entre la démarche ethnographique et artistique.

En 2015 la résidence post-doctorale à l’Italian Academy (Columbia University) a permis à Arianna Cecconi et Tuia Cherici de poursuivre leur recherche commune sur les modalités de collecte et d’archivage des rêves.

En 2016, elle réalise des ateliers sur les rêves auprès de l’Hôpital de Jour Henri Collon avec le chercheur Ali Benrezkallah. Actuellement l’étude des rêves s’est élargie à la question du sommeil. Une collaboration avec le « centre du sommeil » de l’Hôpital de la Timone, Marseille, la psychologue Frédérique Fabre et Tuia Cherici a donné lieu à un projet de recherche-action sur le sommeil auprès de populations en situation de précarité. Il s’agit d’une recherche ethnographique sur les comportements, les habitudes, et les représentations autour du sommeil proposant un parcours d’ateliers de sensibilisation aux questions de sommeil afin de co-construire des perspectives d’amélioration de la qualité du sommeil.

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TUIA CHERICI

Tuia Cherici commence à voyager et à travailler dans les pays d’Asie et d’Amérique Latine dès ses 18 ans, vivant entre l’Italie et l’Allemagne. Ses études en philosophie s’accompagnent de l’apprentissage de plusieurs langues et cultures et d’un travail d’animatrice culturelle dans les centres de jeunesse, les écoles et  et auprès des personnes en situation de handicap .

Son intérêt autodidacte pour les systèmes de communication s’applique à l’apprentissage des langues vivantes et des langues mortes, aux langages particuliers de sujets en situation de difficulté, aux langues inventés, à la sémiotique, aux langages symboliques.

Par le biais de stages, ateliers, collaborations et projets personnels, elle se forme aux pratiques de diverses disciplines et artistes: de la Societas Raffaello Sanzio de Romeo Castellucci, où elle travaille en stage dans la construction des scènes, à l’improvisation vocale de Phil Minton, d’un séminaire  de Cesar Brie (Bolivia) à la participation pendant deux années aux ateliers de musicothérapie d’entraide entre usagers en psychiatrie conduites par Eugenio Sanna.

Avec Gregory Petitqueux, elle écrit et réalise pendant plusieurs années un long-métrage en stop-motion sur le thème du langage (« Gramma », 2005, 52 min) qui l’introduit au techniques d’animation image-par-image. A partir de 2000, elle joue aussi de la clarinette dans plusieurs projets de musique improvisés, en collaborant surtout avec les musiciens Eugenio Sanna, Edoardo Ricci, Jacopo Andreini et Thollem Mc Donas.

Elle produit entretemps une série de court-métrages qui mêlent des techniques d’animation artisanales d’image-par-image avec des prises en direct d’assemblages d’objets, collage, sculpture en temps-réel, sur l’inspiration de  musiques improvisées, de rêves nocturnes et de ses deuils. Elle donne à sa démarche filmique le nom de « Manucinema »

Ses diverses expériences se concentrent de plus en plus dans les espaces que chaque discipline offre à une communication directe, improvisée,  en interaction avec le moment présent et l’ambiance. L’improvisation devient  alors son approche privilégiée et, à partir de 2005, elle débute sa carrière de performeuse et son Manucinema se transforme en une performance interactive publique. Elle le perfectionne pendant plus de 10 ans avec une multitude de musiciens improvisateurs (Tristan Honsinger, Axel Doerner, Jacques Demierre, Chino Shuichi, Hui-Chun Lin, Hugues Vincent, Yasumune Morishige, Tomomi Adachi, Mitsuru Tabata, Matteo Bennici…) et aussi de danseurs et performeurs d’approche différente: Chia Yin-Ling (danse contemporaine), Imre Thormann (Butoh), Takako Suzuki (Sasha Waltz Company), Alessandro Carboni (landscape performer), Magy Ganiko (Butoh), Marco Mazzoni (Kinkaleri Company) et autres.

Les pratiques du Manucinema reposent sur la production immédiate d’un film sans médiation technologique autre que l’outil de captation et de projection. L’image projetée provient directement de l’action filmée par la caméra et le film se construit, s’improvise ainsi, pas à pas avec la coparticipation de tous les personnes présents.

Les recherches inspirées par ce dispositif portent autant sur les procédés de captation / diffusion (larsen vidéo, jeux d’optiques & miroirs) que l’attention portée aux matières ou matériaux des objets filmés ou supports de projection, leur mise en lumière et en mouvement. Les réactifs ou processus de transformation physico-chimique (gaz / feu / eau) tiennent là une part égale avec les manipulations brutes, directes ou mécaniques des objets, à base de pinces ou moteur, de feuilletages ou jetés.